L’espèce humaine

Présentation de l’éditeur

La force inouïe de ce texte de Robert Antelme (1917-1990) vient de ce que, rescapé d’un kommando du camp nazi de Buchenwald, le survivant sait qu’il doit lutter désormais avec les mots pour dire ce qui était proprement inimaginable : dès les premiers jours du retour, il lui parut imposible, à lui comme aux autres détenus, de combler la distance entrer le langage et l’expérience qu’ils continuaient tous à vivre dans leurs corps et dont ils avaient le désir frénétique de la dire telle quelle. «Quand l’homme, écrira Maurice Blanchot, en est réduit à l’extrême dénuement du besoin, quand il devient “celui qui mange des épluchures”, l’on s’aperçoit qu’il est réduit à lui-même, et l’homme se découvre comme celui qui n’a besoin de rien d’autre que le besoin pour, niant ce qui le nie, maintenir le rapport humain dans sa primauté. Il faut ajouter que le besoin alors change, qu’il se radicalise au sens propre, qu’il n’est plus qu’un besoin aride, sans jouissance, sans contenu, qu’il est rapport nu à la vie nue et que le pain que l’on mange répond immédiatement à l’exigence du besoin, de même que le besoin est immédiatement le besoin de vivre.»

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